Mardi 1er septembre 2026

Canicules : à quelle vitesse nos quartiers sauront-ils s’adapter ?

Météo-France annonce des canicules plus longues, plus fréquentes, plus intenses. La vraie question n’est plus de savoir si nos villes vont changer. C’est à quelle vitesse.

Dans une France qui pourrait connaître, à la fin du siècle, dix fois plus de jours de vague de chaleur, l’adaptation ne peut plus être considérée comme un horizon lointain. Les températures supérieures à 40 °C pourraient se produire chaque année et les épisodes caniculaires s’inscrire davantage dans la durée. Le changement climatique transforme déjà les conditions dans lesquelles nous habitons, nous travaillons et nous nous déplaçons. Il oblige surtout à regarder autrement la conception de nos quartiers.

Face à cette nouvelle réalité, une conviction émerge : les quartiers de demain devront être conçus pour prendre soin de leurs habitants.

C’est cette question qui a traversé la conférence« Les quartiers aux petits soins », organisée le 1er septembre au SIBCA. Sous la modération de Sybil Cosnard, les échanges ont réuni Pascal Pelain, Maire de Villeneuve-la-Garenne, Président de l’EPT Boucle Nord de Seine, Vice-Président de la Métropole du Grand Paris, Conseiller régional d’Île-de-France et Président de l’AFDU, et Stéphanie Soares, adjointe au maire de Courbevoie déléguée à l’Habitat et au Logement, à l’Écologie urbaine et à la Transition énergétique.

À partir d’expériences très concrètes, les deux élus ont dessiné les contours d’une ville dans laquelle le soin ne relèverait plus d’une politique isolée, mais deviendrait une grille de lecture de l’ensemble du projet urbain.

Adapter la ville sans attendre que les projets deviennent obsolètes

L’un des constats les plus forts formulés par Pascal Pelain concerne le décalage entre le temps du projet urbain et celui du changement climatique.

Entre l’idée initiale, les études, les procédures, les travaux et la livraison d’un équipement ou d’un espace public, sept à huit années peuvent s’écouler. Or, durant ce même laps de temps, les connaissances climatiques progressent, les températures augmentent et les épisodes extrêmes se renforcent. Un projet pensé selon les références d’hier peut ainsi se révéler insuffisamment adapté dès son achèvement.

À Villeneuve-la-Garenne, cette prise de conscience conduit désormais à réexaminer les opérations qui n’ont pas encore été livrées. Pascal Pelain a expliqué avoir lancé une analyse des espaces publics et des projets de la ville afin de vérifier s’ils répondent réellement aux nouvelles contraintes climatiques. Il ne s’agit plus seulement de préparer les opérations futures, mais de corriger, tant qu’il est encore temps, celles dont la conception est déjà engagée.

L’exemple de la nouvelle halle du marché et de son esplanade illustre cette exigence de lucidité. Le parking a été placé sous le marché, libérant un vaste espace public sur lequel une trentaine d’arbres ont été plantés. Pourtant, avec le recul et face à l’intensification des chaleurs, le maire considère que l’aménagement reste trop minéralisé. Un projet récent, dont la ville est fière, doit donc pouvoir être interrogé et complété pour améliorer le confort d’été. ​

Cette démarche dit beaucoup du changement culturel à accomplir. Adapter la ville ne consiste pas à désavouer ce qui a été réalisé. Cela suppose d’accepter que les références évoluent, que les réponses d’hier ne suffisent plus toujours et que la qualité d’un projet se mesure aussi à sa capacité à être réévalué.
Stéphanie Soares a défendu une approche comparable à l’échelle de Courbevoie : établir un état des vulnérabilités, replacer l’adaptation au centre des stratégies urbaines et intégrer pleinement le vivant dans la conception des projets. La santé environnementale passe alors par la qualité des espaces publics, le confort dans les écoles, la gestion du bruit, les réseaux de chaleur, la végétalisation et la capacité à offrir des respirations dans une ville particulièrement dense.

Cette transformation aura un coût, dans un contexte budgétaire déjà difficile pour les collectivités. Mais les échanges ont fait émerger une autre interrogation : quel sera le prix de l’inaction, si les équipements, les logements et les espaces publics ne permettent plus de protéger les habitants pendant des épisodes de chaleur plus longs et plus sévères ?

Prendre soin, de la santé de proximité au lien social

La conférence a également permis d’élargir la définition même du soin. Un quartier « aux petits soins » ne se résume pas à un quartier doté d’une offre médicale. Il doit agir sur toutes les conditions qui influencent la santé, l’autonomie et la qualité de vie.

Pascal Pelain l’a rappelé à travers la situation de Villeneuve-la-Garenne. À seulement quatre kilomètres de Paris, la commune est elle aussi confrontée au désert médical. Avec moins de dix médecins généralistes pour 27 000 habitants, attirer de nouveaux professionnels a exigé six années de travail et un engagement important de la collectivité.

La réponse ne consiste pas uniquement à mettre des locaux à disposition. Elle suppose de créer des maisons de santé, de mutualiser les espaces, de proposer des conditions économiques suffisamment attractives et d’accompagner les praticiens dans leurs démarches administratives et leurs demandes de subventions. Après l’ouverture d’une première maison de santé en cœur de ville, deux autres projets sont en préparation pour accueillir une vingtaine de professionnels.

Mais l’accès aux soins dépend également de tout ce qui entoure l’équipement : la possibilité de se loger, de circuler, de rejoindre facilement le lieu et de bénéficier d’un quartier agréable. La santé rejoint ici directement l’aménagement urbain. Elle se construit dans la proximité, les mobilités, le logement, l’activité physique, les services et la qualité du cadre de vie.

Le soin est aussi relationnel. À Courbevoie, Stéphanie Soares a évoqué la « République des hypervoisins », une initiative née dans le 14e arrondissement de Paris autour d’un principe élémentaire : recommencer par se dire bonjour, puis créer progressivement un réseau de proximité et d’entraide. Elle a décrit le lien social comme une véritable infrastructure de résilience, moins visible qu’un réseau d’énergie ou qu’un équipement, mais tout aussi déterminante face aux crises.

À Villeneuve-la-Garenne, cette proximité prend notamment la forme des conseils de quartier et du dialogue avec les habitants. Pour Pascal Pelain, construire la ville de demain différemment nécessite d’expliquer les choix, de partager les projets en amont et d’en mettre en débat les bénéfices comme les contraintes.

Cette méthode est particulièrement importante lorsqu’il est question de densité. Alors que la crise du logement impose de continuer à construire, Pascal Pelain a défendu une densité pensée intelligemment. La construction verticale peut permettre de préserver davantage de pleine terre, de créer des espaces verts et d’éviter l’étalement urbain. Le débat ne devrait donc pas opposer mécaniquement construction et qualité de vie, mais porter sur la manière de bâtir et sur les contreparties offertes aux habitants.

Le quartier qui prend soin apparaît ainsi comme un système complet. Il permet de se soigner, mais aussi de bien habiter, de se déplacer, de traverser les fortes chaleurs, de rencontrer les autres et de conserver sa place dans la vie collective.

Faire de l’adaptation un projet collectif

La conférence « Les quartiers aux petits soins » a montré que l’adaptation climatique ne pourra pas être traitée par une solution unique. Elle suppose de croiser les expériences des élus, des aménageurs, des architectes, des urbanistes, des paysagistes, des opérateurs et des habitants.
Pascal Pelain a insisté sur cette dimension collective en présentant l’AFDU comme un espace national de réflexion réunissant les différents acteurs du développement urbain, afin de confronter les approches et de rechercher des modèles urbains et financiers capables de répondre à l’urgence.

C’est précisément la vocation de l’AFDU : porter la ville en débat, non pour retarder la décision, mais pour l’éclairer. Car prendre soin des habitants suppose des choix, des arbitrages et parfois la remise en question de projets encore récents.

Si les canicules deviennent plus longues, plus fréquentes et plus intenses, nos villes devront évoluer à la même vitesse que le climat. Reste une question essentielle à mettre collectivement en débat : sommes-nous prêts à modifier dès aujourd’hui nos méthodes, nos priorités et nos projets pour que les quartiers livrés demain soient réellement habitables après-demain ?

AFDU

Répondre aux attentes des adhérents, susciter leur intérêt, soutenir leurs ambitions, élargir leur champ de vision en amont et en aval, président au foisonnement d’initiatives portées par l’AFDU.

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  • Les vagues de chaleur seront plus longues, plus fréquentes et plus intenses. À partir des échanges de la conférence « Les quartiers aux petits soins », l’AFDU ouvre le débat sur l’adaptation de nos projets urbains, la santé de proximité et la résilience des quartiers.

  • Face à la multiplication des épisodes de chaleur extrême, les villes doivent accélérer leur adaptation. Lors d’une table ronde au SIBCA 2026, Pascal Pelain, président de l’AFDU, a rappelé l’importance de la nature en ville, de la désimperméabilisation des sols et d’une urbanisation conciliant densité, qualité de vie et résilience climatique.

  • De septembre à décembre 2026, l’AFDU propose une programmation exceptionnelle : SIBCA, Bruxelles, voyage d’étude à Oslo, conférences, restitutions de groupes de travail, entretien littéraire, Forum des Projets Urbains, SIMI et Assemblée générale. Découvrez tous les rendez-vous de la rentrée.

  • L’AFDU sera à l’honneur lors du SIBCA 2026 avec plusieurs interventions de notre Président, Pascal Pelain et notre Administratrice Camille Gicquel. Découvrez le programme, notre partenariat historique avec le salon et l’offre préférentielle réservée aux adhérents AFDU.