Jeudi 11 mars 2021

SIBCA 2026 : la ville bas carbone à l’épreuve du réel

Quatre prises de parole de l’AFDU pour penser l’adaptation, la résilience et la régénération urbaines

Canicules, raréfaction de l’eau, vulnérabilité des bâtiments, santé environnementale, renaturation des quartiers, recyclage foncier : au SIBCA 2026, la transition climatique s’est confrontée à la réalité des territoires et des projets. Présente à travers quatre prises de parole de son président (Pascal Pelain), d’une membre du Bureau (Hanadi Garabli) et d’une administratrice (Camille Gicquel), l’AFDU a porté une conviction forte : la ville bas carbone ne pourra advenir qu’en croisant les expériences, les compétences et les temporalités. Sous la verrière du Grand Palais, élus, aménageurs, architectes, promoteurs, urbanistes et professionnels de l’immobilier ont dessiné les contours d’une ville plus fraîche, plus résiliente, mais aussi plus attentive à celles et ceux qui l’habitent.

Un salon devenu incontournable pour les acteurs de la ville

Sous la verrière, tout l’écosystème urbain réuni

Organisée le jour de la rentrée scolaire, la première journée du SIBCA s’est ouverte dans une atmosphère relativement calme. Mais dès le lendemain, le changement d’échelle était manifeste. Les allées étaient noires de monde, les stands très fréquentés et les discussions se prolongeaient bien au-delà des conférences.

Sous la grande verrière baignée de soleil, la chaleur presque estivale donnait une résonance particulière aux sujets évoqués. Les débats sur les villes surchauffées, le confort d’été et l’adaptation des bâtiments n’avaient rien d’abstrait. Ils se vivaient, presque physiquement, dans l’enceinte même du salon.

Tout l’écosystème de la fabrique urbaine semblait s’être donné rendez-vous. Élus, dirigeants d’entreprises, aménageurs publics et privés, architectes, promoteurs, investisseurs, urbanistes, paysagistes, ingénieurs et acteurs de l’innovation se croisaient au fil des stands. Le SIBCA s’est affirmé comme un lieu où l’on retrouve ses partenaires, où l’on découvre de nouvelles solutions, où l’on confronte les expériences et où peuvent naître de futures réflexions.

L’organisation du salon favorisait particulièrement ces échanges. À côté des espaces très animés, chacun pouvait trouver des lieux plus calmes pour poursuivre une discussion, travailler quelques instants ou partager immédiatement les enseignements d’une conférence. Cette articulation entre rencontres, contenus et temps de travail participe pleinement à la qualité du rendez-vous.

Des conférences qui confrontent les convictions aux solutions

Le SIBCA ne se limite plus à présenter des innovations techniques ou des engagements environnementaux. Par la qualité de ses conférences, il permet de mettre les discours à l’épreuve des projets, des contraintes économiques et des réalités territoriales.

Les échanges ont montré que la prise de conscience climatique est désormais largement partagée. Le débat ne porte plus sur la nécessité d’agir, mais sur les moyens, les priorités et le rythme de la transformation. Comment adapter des écoles construites dans les années 1960 ? Comment préserver la pleine terre tout en répondant à la crise du logement ? Comment financer des projets plus résilients ? Comment rafraîchir les logements sans aggraver les îlots de chaleur ? Comment maintenir une végétation abondante lorsque l’eau devient une ressource plus rare ?

L’intelligence collective est ici à l’œuvre. Elle recherche, teste, compare et met en discussion des réponses pouvant produire des effets dans le temps long, mais aussi des solutions immédiatement mobilisables. Cette capacité à réunir des approches différentes explique la place croissante prise par le SIBCA dans l’agenda des professionnels de la ville.

Pour l’AFDU, le salon est désormais un rendez-vous incontournable. Il nourrit les réflexions collectives de l’association tout en lui permettant de porter sa singularité : mettre la ville en débat en réunissant celles et ceux qui la décident, la conçoivent, la financent, la construisent et la font vivre.

Adapter la ville à un climat qui a déjà changé

De la ville surchauffée à la ville résiliente

Lors de la conférence « De la ville surchauffée à la ville résiliente : régénération urbaine et leviers du rafraîchissement », Pascal Pelain, président de l’AFDU, maire de Villeneuve-la-Garenne et président de l’établissement public territorial Boucle Nord de Seine, a replacé l’adaptation climatique dans le quotidien très concret d’un élu local.

À Villeneuve-la-Garenne, l’essentiel du tissu urbain a été construit durant les années 1960 et 1970. Les épisodes de chaleur posent aujourd’hui directement la question de l’adaptation des écoles, des gymnases, des médiathèques et de l’ensemble des équipements publics. Lorsque la température atteint des niveaux difficilement supportables dans une salle de classe, l’adaptation n’est plus seulement une question de confort : elle devient un enjeu de santé publique.

Cette transformation représente un défi considérable pour des collectivités aux moyens limités. Il faut traiter l’urgence sans perdre de vue le temps long. Or, le temps de la ville est particulièrement étiré. Plusieurs années peuvent séparer la conception d’un projet de sa livraison. Des équipements récemment achevés peuvent ainsi se révéler insuffisamment adaptés à des conditions climatiques qui ont évolué plus rapidement que les programmes et les référentiels.

Face à ce constat, Pascal Pelain a présenté une démarche de réexamen des projets et des espaces publics, y compris lorsqu’ils ont déjà été conçus. L’objectif est de vérifier s’ils apportent une réponse suffisante aux nouvelles vulnérabilités climatiques et, dans le cas contraire, de les faire évoluer.

L’arbre, dans cette perspective, ne peut plus être considéré comme un simple élément décoratif. Il devient un équipement vital, susceptible de produire de l’ombre, de contribuer au rafraîchissement et d’améliorer l’habitabilité des quartiers. Mais planter suppose aussi d’anticiper l’accès à l’eau, l’entretien et le développement à long terme de la végétation.

Densifier pour préserver davantage de pleine terre

Les débats ont également permis de dépasser une opposition trop souvent entretenue entre construction et écologie.

La France connaît une crise profonde du logement. Dans le même temps, les impératifs de sobriété foncière, de renaturation et d’adaptation climatique imposent de limiter l’étalement urbain et l’artificialisation des sols. La réponse ne peut donc consister à cesser de construire, mais à construire autrement.

À Villeneuve-la-Garenne, le projet Rive Nature illustre cette recherche d’équilibre. Le choix d’une construction verticale permet de libérer davantage de pleine terre et de prévoir une forêt urbaine au cœur du projet. La densité devient alors un moyen de concilier production de logements, préservation des sols et création d’espaces végétalisés.

Cette vision suppose cependant un véritable travail de dialogue avec les habitants. La hauteur reste souvent difficilement acceptée, même lorsqu’elle permet d’éviter une urbanisation plus extensive. Expliquer les choix, présenter leurs conséquences et mettre en débat les différentes options deviennent des conditions essentielles de la transformation urbaine.

La densité ne peut être une finalité en elle-même. Elle doit être mise au service d’un projet urbain associant logements de qualité, équipements publics, espaces de respiration, mobilités, services et nature en ville.

Du bâtiment performant au quartier résilient

Refuser les oppositions simplificatrices

Lors de la table ronde « Atténuation, adaptation, résilience : l’immobilier à l’épreuve du climat », Camille Gicquel, administratrice de l’AFDU, adjointe au maire d’Argenteuil chargée de l’urbanisme, de l’aménagement et des projets urbains, a défendu une notion centrale : l’équilibre.

Planification, réglementation et mise en œuvre opérationnelle doivent avancer ensemble. Les documents d’urbanisme peuvent protéger les espaces naturels, favoriser la désimperméabilisation, préserver le foncier économique et définir des exigences de qualité. Mais ils ne produisent leurs effets que lorsqu’ils se traduisent dans des projets réalisables.

À Argenteuil, la charte de la construction durable fixe ainsi des principes relatifs à l’insertion des bâtiments, à la qualité des logements, aux doubles orientations et aux conditions du bien-vivre. À l’échelle de Boucle Nord de Seine, la planification cherche à concilier développement économique, production de logements, renaturation et préservation des équilibres territoriaux.

Le projet Porte Saint-Germain – Berges de Seine traduit cette ambition à l’échelle d’un vaste secteur de renouvellement urbain. Il associe la transformation de friches, le maintien de l’activité économique, la production de logements, les équipements publics, la renaturation et la désimperméabilisation des sols.

Pour Camille Gicquel, la résilience ne naîtra pas d’une nouvelle série d’oppositions. Il ne s’agit pas de choisir entre l’habitant et la biodiversité, entre l’industrie et le logement ou entre la construction et la nature. Il faut rechercher un équilibre entre des usages qui doivent pouvoir coexister dans une ville vivante. Aucun dogmatisme ni aucune solution technologique unique ne pourra répondre seul à la complexité du défi climatique.

Prendre soin des quartiers et de leurs habitants

Cette réflexion sur l’équilibre s’est prolongée lors de la conférence « Les quartiers aux petits soins », à laquelle participait également Pascal Pelain.

Prendre soin d’un quartier, ce n’est pas uniquement en améliorer l’esthétique ou les performances environnementales. C’est agir sur l’accès aux soins, la qualité de l’air, la mobilité, le logement, les espaces publics, les équipements, la végétation et les liens entre les habitants.

L’exemple de Villeneuve-la-Garenne est particulièrement significatif. Malgré sa proximité immédiate avec Paris, la commune est confrontée à une offre médicale insuffisante. La création de maisons de santé demande un engagement important de la collectivité, tant pour aménager les locaux que pour accompagner les professionnels dans leur installation.

Cette réalité rappelle que l’attractivité d’un quartier repose sur un ensemble de conditions. La présence de services, la possibilité de se loger, la qualité des déplacements et l’environnement urbain contribuent directement à sa capacité à accueillir des professionnels de santé comme de nouveaux habitants.

La résilience repose aussi sur une infrastructure moins visible, mais tout aussi indispensable : le lien social. Dans une situation de crise ou de chaleur extrême, un quartier dans lequel les habitants se connaissent, s’entraident et utilisent des espaces publics sûrs peut se révéler mieux préparé qu’un territoire dépourvu de relations de proximité.

À Villeneuve-la-Garenne, les conseils de quartier et la démocratie locale accompagnent ainsi la transformation urbaine. Les habitants sont associés en amont, leurs observations sont entendues et les décisions sont expliquées. Le débat ne supprime pas la responsabilité de l’élu, mais il facilite la compréhension et l’appropriation des projets.

Régénérer plutôt que simplement réduire

Composer avec le déjà-là

La quatrième prise de parole liée à l’AFDU a été portée par Hanadi GARABLI, membre du Bureau de l’association, directrice opérationnelle d’EpaMarne-EpaFrance et directrice générale de la SPLA-IN M2CA.

Présentée au Lounge des EPA, l’opération Reflet Marne, située dans la ZAC des Coteaux de la Marne à Torcy, a permis d’aborder la régénération urbaine à partir d’un projet concret. Issue d’un recyclage foncier, elle associe des choix constructifs mêlant bois et béton, une ambition environnementale affirmée, une attention à la qualité architecturale et la préservation du patrimoine paysager.

L’enjeu n’est pas d’effacer l’existant pour repartir d’une page blanche. Il consiste à reconnaître les qualités du site, à préserver ce qui peut l’être et à inscrire une nouvelle opération dans son environnement. Le « déjà-là » devient une ressource du projet et non une contrainte à contourner.

Cette approche rejoint l’évolution générale perceptible dans les débats du SIBCA. La ville bas carbone ne se construira pas seulement à partir de bâtiments neufs exemplaires. Elle se jouera largement dans la transformation des tissus existants, la reconversion des friches, la réhabilitation des bâtiments et la recomposition d’espaces déjà urbanisés.

Faire du bâtiment un producteur de ressources

Les solutions présentées au SIBCA montrent également que le bâtiment de demain ne pourra plus être pensé comme un simple consommateur d’énergie, de matières et d’eau.

La récupération et le traitement des eaux grises ouvrent, par exemple, des perspectives importantes pour l’alimentation des sanitaires, l’arrosage des espaces végétalisés et certains usages de nettoyage. Cette boucle locale permet de réduire la consommation d’eau potable et de soutenir la végétalisation des projets dans un contexte de raréfaction de la ressource.

L’architecture bioclimatique mobilise, quant à elle, l’orientation des bâtiments, la ventilation naturelle, les protections solaires, les effets de circulation de l’air, les logements traversants et la pleine terre. Elle remet au premier plan des principes parfois anciens, enrichis par les outils contemporains de modélisation et de conception.

La réponse ne sera toutefois ni exclusivement passive ni entièrement technologique. Elle reposera sur une combinaison de solutions ajustées au contexte de chaque bâtiment et de chaque quartier. L’enjeu est d’anticiper les usages, le vieillissement de la population, les évolutions climatiques et les transformations futures du bâti, afin d’éviter des interventions lourdes et répétées.

L’AFDU, un espace pour construire une vision partagée

À travers ces quatre prises de parole, une même conviction s’est exprimée : aucune profession, aucune collectivité et aucune innovation ne pourra, isolément, apporter une réponse suffisante.

L’adaptation climatique mobilise des élus capables de porter une vision et de prendre des décisions, des aménageurs qui organisent la transformation des territoires, des architectes et des paysagistes qui conçoivent de nouveaux cadres de vie, des promoteurs qui engagent les opérations, des ingénieurs qui développent les solutions et des habitants qui vivent quotidiennement les effets de ces choix.

L’AFDU trouve ici toute sa raison d’être. Sa diversité permet de mettre en regard des expériences qui, trop souvent, demeurent séparées. Le débat entre acteurs publics et privés, élus, professionnels et experts aide à faire émerger des réponses plus réalistes, adaptées aux territoires et susceptibles d’être mises en œuvre.

Cette pluralité des regards ne gomme pas les divergences. Elle permet au contraire de les exprimer, de les comprendre et d’avancer. Face à une crise climatique qui ne connaît ni les frontières administratives ni les silos professionnels, cette capacité de dialogue devient une condition de l’action.

Conclusion : ne pas oublier, pour mieux agir

Le principal enseignement du SIBCA 2026 tient peut-être dans cette invitation : ne pas céder, une nouvelle fois, à l’amnésie.

À chaque épisode de canicule, de sécheresse ou d’inondation, l’urgence s’impose. Puis les habitudes reprennent progressivement leur place et les décisions sont parfois repoussées. Or, les villes que nous construisons ou transformons aujourd’hui devront affronter les conditions climatiques des prochaines décennies.

Anticiper ne signifie pas renoncer à agir immédiatement. Cela signifie inscrire chaque décision dans une perspective plus longue, reconsidérer les projets lorsqu’ils ne répondent plus aux réalités nouvelles et accepter de modifier nos modèles.

La ville résiliente ne sera pas seulement plus technique ou plus végétale. Elle sera plus attentive au vivant, aux ressources, aux usages et aux habitants. Elle saura construire sans opposer, densifier sans étouffer, végétaliser sans décorer, préserver sans figer et innover sans effacer ce qui existe déjà.

Sous la verrière du Grand Palais, le SIBCA 2026 a montré une filière pleinement mobilisée, consciente de l’ampleur du défi mais déterminée à inventer des réponses. En portant quatre regards complémentaires, l’AFDU a rappelé que la transformation climatique de nos villes ne pourra être que collective.

Car la ville de demain n’est plus une promesse lointaine. Elle se décide maintenant, projet après projet, quartier après quartier, dans le débat comme dans l’action.

AFDU

Répondre aux attentes des adhérents, susciter leur intérêt, soutenir leurs ambitions, élargir leur champ de vision en amont et en aval, président au foisonnement d’initiatives portées par l’AFDU.

Les dernières actus

Les dernières actus

  • À travers quatre prises de parole, l’AFDU porte son regard sur le SIBCA 2026 et sur les solutions concrètes permettant d’adapter, de régénérer et de rendre nos villes plus résilientes.

  • Au SIBCA 2026, Camille Gicquel, administratrice de l’AFDU, a participé au Grand Débat consacré à l’immobilier face au changement climatique. Une réflexion sur l’adaptation, la résilience et la transformation de la ville existante, du bâtiment au territoire.

  • Les vagues de chaleur seront plus longues, plus fréquentes et plus intenses. À partir des échanges de la conférence « Les quartiers aux petits soins », l’AFDU ouvre le débat sur l’adaptation de nos projets urbains, la santé de proximité et la résilience des quartiers.

  • Face à la multiplication des épisodes de chaleur extrême, les villes doivent accélérer leur adaptation. Lors d’une table ronde au SIBCA 2026, Pascal Pelain, président de l’AFDU, a rappelé l’importance de la nature en ville, de la désimperméabilisation des sols et d’une urbanisation conciliant densité, qualité de vie et résilience climatique.