Mardi 1er septembre 2026
Climat : peut-on encore construire la ville sans tout opposer ?
Logement ou nature ? Activité économique ou qualité de vie ? Densité ou renaturation ? Face au défi climatique, la fabrique de la ville est traversée par des injonctions qui semblent parfois contradictoires. Et si la réponse résidait moins dans le choix d’un modèle que dans notre capacité à retrouver un équilibre ?
C’est cette question qu’a notamment portée Camille Gicquel, Administratrice de l’AFDU et Maire-adjointe d’Argenteuil déléguée à l’urbanisme, à l’aménagement et aux projets urbains, Vice-présidente de l’EPT Boucle Nord de Seine, lors du Grand Débat « Atténuation, adaptation, résilience : l’immobilier à l’épreuve du climat », organisé le mardi 1er septembre au SIBCA.
Autour de la table, quatre regards sur une même urgence : ceux de Astrid Weill, Directrice générale de Groupama Immobilier, Clémence Béchu, Directrice générale de Béchu & Associés, Sylvain Grisot, urbaniste et fondateur de dixit.net, et Camille Gicquel. La modération était assurée par Pierre Darmet, responsable des relations institutionnelles d’idverde, cofondateur et Vice-président du CIBI.
S’adapter, mais à quelle échelle ?
Premier enseignement des échanges : l’adaptation climatique ne peut plus se penser uniquement à l’échelle du bâtiment.
Astrid Weill a insisté sur la nécessité d’anticiper. Construire ou rénover aujourd’hui implique de penser les bâtiments pour le temps long, en intégrant dès leur conception les évolutions du climat auxquelles ils devront faire face dans plusieurs décennies.
Clémence Béchu a, elle, invité à puiser dans le vivant, les savoir-faire locaux et la conception bioclimatique pour imaginer des bâtiments capables non seulement de réduire leur impact, mais aussi de mieux composer avec leur environnement. Elle a également rappelé qu’en Europe, l’enjeu réside largement dans la transformation de la ville existante.
Sylvain Grisot a élargi encore la focale. Un bâtiment adapté au climat ne suffit pas si son environnement ne l’est pas. Espaces publics, sols, végétation, réseaux et infrastructures sociales participent eux aussi à la résilience d’un quartier. Il a notamment défendu l’idée que la végétalisation devait être considérée comme une véritable infrastructure de résilience et non comme un simple geste d’accompagnement.
Une conviction rejoint ainsi celle portée par l’AFDU :« La résilience ne se décrète pas à l’échelle d’un bâtiment. Elle se construit à l’échelle du quartier et du territoire. »
Transformer l’ambition climatique en règle du jeu
Pour Camille Gicquel, l’enjeu se situe précisément dans ce passage entre ambition et action.
En tant qu’élue, elle a rappelé le rôle essentiel de la planification. Les collectivités disposent de leviers permettant de traduire les ambitions environnementales dans les documents d’urbanisme et d’aménagement, notamment en matière de renaturation, de désimperméabilisation des sols et de préservation des espaces naturels.
Cette vision rejoint un principe défendu dans les éléments préparatoires à son intervention : « L’adaptation climatique commence au moment où l’on dessine la règle, pas lorsque l’on compense les impacts du projet. »
Autrement dit, la nature ne peut plus être le supplément vert d’un projet une fois celui-ci dessiné. Arbres, sols, eau et biodiversité ont vocation à devenir des composantes structurantes du projet urbain, au même titre que le logement, l’activité économique ou les mobilités.
Construire, renaturer, produire, habiter : faut-il vraiment choisir ?
C’est ici que la prise de parole de Camille Gicquel prend tout son sens.
La ville doit répondre simultanément à plusieurs besoins. Elle doit accueillir des logements, préserver des activités économiques et productives, ménager des espaces de respiration, protéger la nature et accompagner les usages de ses habitants. Son intervention met ainsi en garde contre une lecture trop binaire de la transition urbaine.
À Argenteuil, cette recherche d’équilibre se traduit notamment dans les choix de renouvellement de la ville existante. Lors de la table ronde, Camille Gicquel a ainsi présenté le secteur Porte Saint-Germain – Berges de Seine, un projet de renouvellement urbain de 75 hectares associant activité industrielle, logements et équipements publics, avec un objectif de renaturation et de désimperméabilisation.
Ses éléments de langage mettent également en avant la transformation de la friche Pirelli à Argenteuil, ancien site industriel abandonné et pollué dont la réhabilitation associe dépollution, maintien de l’activité économique, création d’un parc paysager, mobilités douces et limitation de l’imperméabilisation supplémentaire.
Deux approches qui traduisent une même idée : réparer et transformer la ville existante plutôt que considérer systématiquement l’extension comme la réponse aux nouveaux besoins.
« La ville résiliente ne consiste pas à arrêter de construire ; elle consiste à mieux transformer ce qui existe déjà. »
Et si la ville résiliente était d’abord une ville d’équilibre ?
La question du foncier est évidemment centrale. Camille Gicquel l’a rappelé : les ambitions de renaturation, de qualité du logement et de transformation de la ville se confrontent inévitablement aux réalités économiques des opérations, notamment au prix du foncier.
Mais ces contraintes ne doivent pas conduire à opposer les fonctions qui composent la ville.
- Logement et biodiversité.
- Industrie et habitat.
- Logistique et commerce.
- Développement urbain et renaturation.
Pour Camille Gicquel, ces enjeux doivent au contraire être pensés ensemble. Dans son intervention, elle insiste notamment sur la nécessité de ne pas opposer l’habitant à la biodiversité, rappelant que l’être humain fait lui-même partie du vivant urbain.
Cette approche permet aussi de déplacer le débat : la question n’est peut-être plus seulement de savoir s’il faut construire, mais comment continuer à construire et transformer la ville tout en augmentant sa capacité à protéger ceux qui l’habitent.
Un mot pour la ville de demain : « équilibre »
À la fin de la table ronde, Pierre Darmet a demandé à chacun des intervenants de retenir un mot.
Astrid Weill a choisi « anticipation ».
Clémence Béchu a proposé « Homo Circularius ».
Et Camille Gicquel a choisi « Équilibre »
Un mot qui résume peut-être à lui seul cette nouvelle équation urbaine.
Pour Camille Gicquel, le renouvellement urbain, la reconstruction de la ville sur elle-même et l’anticipation du futur forment un ensemble profondément complexe. Elle défend l’idée qu’aucun dogmatisme, aucune réponse unique ni aucune technologie ne pourra, à elle seule, résoudre cette équation. À l’image des écosystèmes, il faut rechercher un équilibre entre les usages plutôt que les opposer.
Et c’est sans doute là que se situe l’un des défis majeurs de l’adaptation climatique : faire de l’équilibre non pas une position de compromis par défaut, mais un véritable principe de conception de la ville.
Car atténuation, adaptation et résilience ne constituent pas trois politiques indépendantes. Elles invitent à penser ensemble le bâtiment, le foncier, les sols, l’eau, la nature et les usages. C’est cette approche transversale que l’AFDU entend continuer à mettre en débat avec l’ensemble des acteurs de la fabrique urbaine.
La ville en débat
Peut-on encore répondre aux défis climatiques en opposant logement et nature, activité et qualité de vie, construction et renaturation ? Ou la ville résiliente sera-t-elle, avant tout, celle qui saura retrouver l’équilibre entre tous ses usages ?
C’est précisément autour de ces questions que l’AFDU entend poursuivre le dialogue entre élus, aménageurs, promoteurs, architectes, urbanistes, investisseurs et acteurs de l’immobilier. Son programme de rentrée 2026 place d’ailleurs l’adaptation climatique parmi les grands débats urbains qu’elle souhaite confronter aux expériences de terrain.
AFDU
Répondre aux attentes des adhérents, susciter leur intérêt, soutenir leurs ambitions, élargir leur champ de vision en amont et en aval, président au foisonnement d’initiatives portées par l’AFDU.

