Mardi 5 mai 2026
Du sol à l’assiette : une matinée au cœur de la ville productive
Le 5 mai 2026, l’AFDU a organisé une visite de territoire consacrée à la « ville productive », explorée au prisme de l’agriculture urbaine et des choix d’aménagement. En une matinée, les participants ont parcouru deux sites emblématiques en Île‑de‑France : la ferme urbaine Ma Salade à Toit, installée sur la dalle du Mont d’Est à Noisy‑le‑Grand, puis la commune de Chanteloup‑en‑Brie, où les questions de production, de préservation des sols et de stratégie territoriale prennent une dimension communale. Deux séquences, deux échelles, un même fil rouge : produire en ville sans simplifier le réel.
Noisy‑le‑Grand – Produire en toiture, expérimenter à l’échelle du projet
(Séquence du matin – à partir de 9h00)
Ma Salade à Toit : une agriculture urbaine ancrée dans la réalité
La matinée débute sur la dalle du Mont d’Est, à Noisy‑le‑Grand, avec la visite du site Ma Salade à Toit, ferme urbaine installée en toiture d’un ensemble tertiaire. Le projet est présenté par Grégory Schepard, fondateur, accompagné de Margot‑Lys Duval, ingénieure agronome et dirigeante associée, dont l’intervention éclaire les fondements agronomiques et agroécologiques du projet.
Loin d’un discours théorique, les échanges mettent en avant une approche très pragmatique de l’agriculture urbaine. La production de légumes, ici, ne suffit pas à elle seule : le modèle repose sur l’intégration complète de la chaîne « du sol à l’assiette », avec une articulation étroite entre maraîchage, transformation culinaire et restauration locale. La viabilité économique passe par cette hybridation assumée, pensée dès l’amont.
Le projet se construit dans le temps long, par expérimentation, ajustements successifs et apprentissage continu. Il ne prétend pas proposer un modèle universel, mais démontre qu’une agriculture productive en ville est possible dès lors qu’elle accepte ses contraintes et qu’elle s’inscrit dans un écosystème d’acteurs engagés.
Architecture, contraintes et faisabilité : ce que “produire en ville” implique vraiment
La visite permet également de prendre la mesure des contraintes techniques propres à une implantation en toiture : charges admissibles, épaisseur et composition des substrats, gestion de l’eau, exposition au vent, accès et sécurité. Ces enjeux sont mis en perspective par Aurèle Orsetti, de l’agence ORRSO, qui présente les choix architecturaux et constructifs du projet, notamment le pavillon de restauration en structure bois, conçu dans une logique de sobriété énergétique et de matériaux biosourcés.
La séquence est complétée par les interventions de Corinne Mignot et Charlotte Behaghel, représentantes de la Ville de Noisy‑le‑Grand, qui replacent le projet Ma Salade à Toit dans le contexte plus large de la requalification du secteur du Mont d’Est. Elles soulignent les enjeux urbains, juridiques et fonciers spécifiques à l’urbanisme sur dalle, ainsi que le rôle de la collectivité dans l’accompagnement de projets innovants, à la fois expérimentaux et structurants pour le territoire.
Cette première séquence met en lumière un enseignement central : produire en ville suppose une forte capacité d’ingénierie, une coopération étroite entre concepteurs, exploitants et collectivités, et une acceptation claire de la complexité. La question de la réplicabilité n’est pas celle d’une reproduction à l’identique, mais celle de méthodes et de montages capables de s’adapter aux contextes locaux.
Chanteloup‑en‑Brie – La ville productive à l’échelle communale
(Séquence de la matinée – à partir de 11h45)
Une vision politique assumée du territoire
La seconde partie de la matinée se poursuit à Chanteloup‑en‑Brie, avec un accueil par Olivier Colaisseau, Maire de la commune, accompagné de Pierre Tebaldini, directeur de cabinet de la Communauté d’Agglomération de Marne et Gondoire. Cette séquence propose un changement d’échelle : de la ferme urbaine à la stratégie communale.
À Chanteloup‑en‑Brie, la production ne se limite pas à l’agriculture urbaine. Elle s’inscrit dans une vision globale du territoire, où la préservation des terres agricoles, la maîtrise de l’urbanisation et l’attention portée aux ressources constituent des choix structurants. La visite met en évidence des arbitrages politiques assumés : préserver des sols, renoncer à certaines constructions, penser les coûts d’entretien et les usages sur le long terme.
Cette approche rappelle que la ville productive est d’abord une question de décision publique, de cohérence territoriale et de continuité dans l’action municipale.
Le rôle de l’aménageur public et la méthode de projet
Les éclairages apportés par Viviane Lopes et Margot Le Bian, cheffes de projet à EpaMarne EpaFrance, permettent de comprendre le rôle central de l’aménageur public dans ce type de trajectoire. Leur intervention souligne l’importance de la méthode : de la faisabilité à la mise en œuvre, en passant par la coordination des acteurs, la gestion des temporalités et le partage des risques.
À Chanteloup‑en‑Brie comme à Noisy‑le‑Grand, la production est pensée de manière élargie : production alimentaire, mais aussi production d’énergie, de paysages, de services et d’équilibres territoriaux. L’aménagement devient alors un outil pour organiser ces interactions et inscrire les projets dans la durée.
Produire en ville, sans raccourci
En une matinée, cette visite de territoire a permis de croiser deux réalités complémentaires de la ville productive. À Noisy‑le‑Grand, un projet pionnier montre que l’agriculture urbaine peut être productive et viable à condition d’être intégrée, expérimentale et collective. À Chanteloup‑en‑Brie, une commune démontre que la production peut aussi structurer un projet de territoire, par des choix politiques lisibles et une ingénierie publique solide.
Ces deux séquences rappellent une évidence : produire en ville n’est ni un décor ni une solution simplifiée. C’est une démarche exigeante, qui relie sol, usages, économie et décisions publiques. C’est précisément dans cette complexité assumée que la ville devient pleinement la ville en débat.
AFDU
Répondre aux attentes des adhérents, susciter leur intérêt, soutenir leurs ambitions, élargir leur champ de vision en amont et en aval, président au foisonnement d’initiatives portées par l’AFDU.







