À l’occasion du SIBCA 2026, Pascal Pelain, président de l’AFDU, est intervenu dans une table ronde consacrée à la régénération urbaine et aux leviers du rafraîchissement. Un débat qui a mis en lumière une urgence : face à l’intensification des canicules, l’adaptation de nos villes ne peut plus attendre.
« Les arbres ne sont plus des éléments de décor : ils sont devenus des éléments de survie. »
Par ces mots, Pascal Pelain, président de l’AFDU, maire de Villeneuve-la-Garenne, président de l’EPT Boucle Nord de Seine et vice-président de la Métropole du Grand Paris, a résumé l’un des enjeux majeurs auxquels sont désormais confrontés les territoires.
Il participait à la table ronde « De la ville surchauffée à la ville résiliente : régénération urbaine et leviers du rafraîchissement », aux côtés d’Emmanuel Desmaizières, directeur général de Bouygues Immobilier, de Vincent Callebaut, architecte et fondateur de Vincent Callebaut Architectures, et de Guillaume Germain, CEO d’Odalie. Le débat était animé par Jacques Paquier, directeur de la rédaction du Journal du Grand Paris.
De l’urgence climatique à l’habitabilité des villes
Les épisodes de chaleur extrême ne constituent plus des phénomènes exceptionnels. Ils affectent déjà le quotidien des habitants, le fonctionnement des écoles, des équipements publics et des logements. Ils interrogent directement notre capacité collective à maintenir des villes vivables et protectrices.
Pour les élus locaux, cette réalité se traduit par des décisions très concrètes. Comment adapter des écoles construites dans les années 1960 ou 1970 lorsque la température atteint des niveaux difficilement supportables dans les classes ? Comment rafraîchir les équipements publics sans généraliser la climatisation ? Comment programmer aujourd’hui des quartiers capables de résister aux conditions climatiques de demain ?
Face à ces questions, les échanges ont montré la nécessité d’intervenir simultanément à plusieurs échelles : celle du logement, celle du bâtiment, mais aussi celle du quartier et du territoire.
La nature, une infrastructure urbaine essentielle
Planter des arbres, préserver la pleine terre, désimperméabiliser les sols et créer des îlots de fraîcheur ne relèvent plus du seul embellissement urbain. La nature devient une véritable infrastructure au service de la santé publique et de la résilience.
Cette évolution impose de repenser la conception même des projets. L’orientation des bâtiments, leur ventilation naturelle, la protection contre les apports solaires, la place de l’eau et du végétal doivent être intégrées dès les premières étapes de la programmation.
Les solutions présentées pendant la table ronde ont illustré la diversité des leviers disponibles : architecture bioclimatique, végétalisation en pleine terre, circulation naturelle de l’air, réutilisation des eaux grises, adaptation des logements ou encore transformation de friches artificialisées en quartiers mixtes et renaturés.
Construire sans renoncer à la pleine terre
Pascal Pelain a également défendu une conviction forte : la densité urbaine et la qualité de vie ne sont pas nécessairement incompatibles.
Dans un contexte de crise du logement, renoncer à construire ne peut constituer une réponse suffisante. L’enjeu consiste plutôt à construire autrement, en privilégiant des formes urbaines permettant de libérer le sol, de préserver des espaces naturels et de créer de véritables forêts urbaines.
À Villeneuve-la-Garenne, le projet Rive Nature traduit cette ambition à travers un principe simple : associer à chaque logement une terrasse et un arbre, tout en aménageant une forêt urbaine au cœur du projet. La construction en hauteur permet ainsi de répondre aux besoins en logements sans étendre indéfiniment l’emprise bâtie.
Cette approche soulève cependant une autre question essentielle : celle de l’acceptabilité des transformations urbaines. Adapter les villes suppose aussi d’expliquer les choix, d’associer les habitants et d’ouvrir le débat sur les formes urbaines nécessaires à la transition.
Faire de la résilience un projet collectif
Aucune collectivité, aucun opérateur et aucune profession ne pourra relever seul ces défis. L’adaptation climatique nécessite de croiser les expériences des élus, des aménageurs, des promoteurs, des architectes, des urbanistes, des paysagistes, des investisseurs, des chercheurs et des entreprises innovantes.
C’est précisément la vocation de l’AFDU : offrir un espace dans lequel les différents acteurs de la ville peuvent confronter leurs points de vue, partager leurs expérimentations et faire progresser collectivement les pratiques.
La résilience n’est plus une option ajoutée aux projets urbains. Elle devient la nouvelle condition de l’aménagement, de la qualité de vie et de l’habitabilité de nos territoires.
La ville en débat.